Siberie
Dompter la Sibérie
Le transsibérien, colonne vertébrale de l'immensité
La Sibérie, territoire infini grand comme des dizaines de fois l'Europe toute entière est entré dans l'histoire de la Russie autour du XVIIIe siècle lorsque les premiers Cosaques sont arrivés dans la région de Tobolsk et y ont vaincu le Khan régnant sur ces immenses pleines. Une première victoire qui en annonce de nombreuses autres jusqu'à la construction du transsibérien et la ligne Baïkal-Amour terminée au début des années 1980.
Territoire d'aventures au delà de l'Oural, un monde inconnu et infini qui depuis soulève la curiosité et les convoitises du simple voyageur comme des dirigeants successifs de l'immense empire Russe.
Des premières et lentes caravanes conduites par les marchands de fourrure aux Express du transsibérien, l'histoire des voies de communication à travers la Sibérie à commencé bien avant l'arrivée des Russes. De longs mois étaient nécessaires pour ramener les fourrures précieuses achetées aux populations nomades habitant les lieux. Si tout se passait bien, seule une petite partie du convoi revenait saine et sauve. S'ils n'étaient pas morts de froid de faim ou terrassés par les nombreuses maladies qui infestaient les régions traversées, les courageux marchands-aventuriers devaient encore faire face aux assauts des populations hostiles et des animaux sauvages. Cette grande incertitude liée aux difficultés de la route s'est étendue sur des siècles avant l'apparition de la ligne de chemin de fer que nous connaissons aujourd'hui. La distance, toujours cette distance interminable du chemin pour atteindre la Sibérie. Des semaines, des mois et parfois des années pour faire l'aller-retour.
C'est sous le règne de Pierre le Grand puis de Catherine II (dite Catherine la Grande) que la Sibérie est devenue un véritable centre d'intérêt pour les autorités. Sous l'impulsion des grandes idées des Lumières, les géographes dressent les premières cartes et procèdent à une étude de la topographie de l'immense région. Scientifiques et militaires organisent des expéditions de reconnaissance dans des régions dont il était encore impossible d'imaginer l'existence. C'est également à cette période que l'idée - folle - de relier St Pétersbourg à Pékin traverse l'esprit des hommes de l'époque.
Ainsi, en 1781, Voltaire, grand russophile, occupé à rédiger une biographie de Pierre le Grand écrit dans une lettre au commanditaire de l'oeuvre :
"Il est tout à fait envisageable de se rendre de St Pétersbourg à Pékin par la terre en ne traversant qu'un nombre restreint de montagnes et de fleuves"
Avec les ambitions d'expansion à l'Est de l'Empire russe, la Sibérie devient le centre des préoccupations des autorités politiques et militaires. En 1806, un gouverneur général est nommé pour administrer les deux zones administratives que forment désormais la Sibérie orientale et la Sibérie occidentale.
Les expéditions se poursuivent et les rumeurs sur les fabuleuses richesses de la Sibérie remontent jusqu'aux oreilles du Tsar Nicolas Ier. Le commerce de fourrure se développe et apporte des revenus importants à une Cour impériale de plus en plus dépensière. La ruée vers l'or aux Etats-Unis éveille les plus folles espérances. Certains vont même jusqu'à annoncer que la Sibérie abriterait des gisements du fabuleux métal jaune...
Obtenir des informations crédibles rapidement devient donc une nécessité impérieuse... et impériale. A l'image du personnage romanesque créé par Jules Verne, le rôle des coursiers prend une dimension nouvelle. A l'époque à laquelle Jules Verne écrit son célèbre feuilleton, il fallait au moins 18 jours pour relier les 5'500 km qui séparent Irkoutsk de Moscou. Généralement, quatre à six semaines avec un rythme soutenu et au travers de territoires hostiles. Hostiles car peuplés de brigands, mais hostiles aussi par une nature sans concession pour l'homme, aussi courageux fussent-il. Le Trakt, ancêtre de la ligne ferrée, pouvait disparaître sous les inondations. Le blizzard et le brouillard pouvaient égarer le voyageurs en quelques heures. Les loups affamés pouvaient attaquer les chevaux, obligeant les hommes à poursuivre leur route à pied, les conduisant à une mort quasiment certaine.
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